A sang perdu, Rae DelBianco

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Sur le ranch familial, Wyatt et Lucy vivent tant bien que mal depuis la mort de leur père. Un matin, Wyatt piste l’inconnu qui vient de décimer leur troupeau de bétails, unique gagne-pain de la ferme. Il tombe alors sur une gamine aux yeux fous, armée jusqu’aux dents. Pour obtenir réparation et tenter de sauver son exploitation, Wyatt se lance à sa poursuite douze jours durant, défiant le désert de l’Utah. Sur la route, motards drogués, cartels de drogue agressifs et coyotes affamés ne sont pas là pour lui faciliter la tâche.

 
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« Ils risquent pas d'essayer de nous rattraper ? Ils ont dû entendre le coup de feu.
— Aucun risque, répondit la fille. Ils savent que nous serons morts avant le prochain coucher du soleil. »

C'est une lecture étrange, un peu obscure, qui a ses propres desseins. On a du mal à discerner les motivations des personnages... Et pour cause, il n'y a que le désespoir qui les anime.
Il y a du western, des routes à n'en plus finir, des cartels de drogues, du sang - celui qu'on perd, celui qu'on répand - mais il n’est toujours question que d'une seule et même chose : la survie. Survie face à une nature omniprésente, qui domine, qui met les hommes et les femmes à genoux, survie face à soi-même, à nos actes, nos pensées, survie face aux autres qui ne veulent que survivre...
Rae DelBianco a réussit à transmettre, à travers son écriture diamant brut, le flou et la complexité des choix et des moteurs humains, qui, parfois, dépassent l'entendement et ne peuvent être réellement partagés. Rien n’est simple et c’est l’urgence d’agir qui mène la danse. Dans ce roman, les personnages n’ont pas besoin d’ouvrir leur cœur, ce sont leurs actes qui nous disent qui ils sont.
Il y a un cerveau reptilien en chacun de nous et, au bout du compte, c'est lui qui gagne. Voilà la leçon.
Un très beau roman d'ambiance qui finit par toucher en plein cœur.


A sang perdu (Rough Animals), Rae DelBianco
Traduit par Théophile Sersiron
Seuil (2019), 430 pages